Une introduction au suivi-évaluation participatif: le chaînon manquant entre le questionnement et l’impact

Dans un article précédent, j'ai parlé de l’importance de considérer l'inclusion lors de la conception et de la mise en œuvre d'un système de S&E. J’ai aussi souligné certaines des caractéristiques clés du S&E inclusif. J'ai fait le lien entre l’inclusion et la participation, à la fois d'un point de vue pratique qui met l'accent sur l'efficacité de nos interventions et d'un point de vue basé sur les principes de droits humains.

Tout comme « l’inclusion », « la participation » est devenue un mot à la mode dans les cercles humanitaires et de développement. Les bailleurs de fonds, les gouvernements, les organisations internationales et les ONG défendent la participation et la promeuvent comme principe directeur et comme bonne pratique. Cependant, il est difficile d’avoir une idée claire de ce que cela signifie vraiment quand une organisation dit qu’elle « valorise la participation » ou qu’elle adopte une « approche participative ». Dans le même temps, les malentendus quant à la participation (ce que c’est et à quoi cela ressemble en réalité) sont nombreux, surtout dans le contexte du S&E.

Aujourd'hui, nous allons examiner de plus près le S&E participatif. Nous verrons comment il nous oblige à penser différemment au pouvoir, aux connaissances et au rôle des professionnelles et des communautés touchées dans le S&E. Nous examinerons également quand nous pourrions utiliser des approches participatives dans le cycle du S&E. Je plaiderai en faveur du S&E participatif autant en matière de ses avantages que de son rapport avec les droits humains. J'examinerai aussi certains des défis auxquels nous pourrions être confrontés en utilisant des approches participatives. Dans le prochain article, nous examinerons quelques méthodes et outils dont nous disposons pour réaliser le S&E participatif, y compris dans un environnement virtuel.

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Commençons par le commencement : nous devons parler de pouvoir

La reconnaissance du fait que les relations de pouvoir tendent à être inégales est au cœur de toutes les approches participatives de programmation humanitaire et de développement. Cette reconnaissance mène à l’objectif connexe de changer l’équilibre des pouvoirs en faveur de ceux qui ne l’ont généralement pas. Ce déséquilibre est le plus évident entre ceux qui financent, planifient, mettent en œuvre, suivent ou évaluent un projet (« nous », les professionnels, spécialistes ou praticiens) et ceux qui bénéficieraient (« eux », les personnes ou communautés touchées qui sont souvent appelées les bénéficiaires, la population ciblée ou les utilisateurs finaux).

À son plus extrême, ce déséquilibre des pouvoirs se traduit par une approche descendante basée sur une façon de penser comme celle-ci : « nous » avons les compétences, les connaissances et la vision du monde nécessaires pour juger de ce qui est le mieux. « Ils » sont vulnérables et manquent de ressources, de compétences ou de connaissances pour s’aider eux-mêmes et ils ont donc besoin d’une aide ou d’un soutien au développement tels que définis et fournis par « nous ». La manière de penser qui est utilisée pour justifier une telle approche descendante n'est souvent pas aussi évidente et peut influencer nos actions sans même nous en rendre compte.

Le S&E est également soumis à des relations de pouvoir inégales, mais celles-ci peuvent être encore plus difficiles à repérer. C'est parce que nous avons tendance à considérer la recherche, le suivi et l'évaluation - qui sont tous des formes de questionnement, c'est-à-dire le processus de poser des questions et de chercher des réponses - comme des activités totalement objectives. Nous pensons que les connaissances, les données et les preuves sont neutres et ne sont pas affectées par les relations sociales. Les approches de la recherche en sciences sociales traditionnelles, sur lesquelles nous nous appuyons pour mener les activités de S&E, impliquent généralement un expert externe qui étudie les personnes selon un programme de recherche prédéfini en utilisant des méthodes et des outils prédéterminés. Les chercheur·euse·s — sans la participation des personnes qui font l'objet de la recherche — formulent des questions de recherche, conçoivent des études, extraient les données des sujets de recherche et sélectionnent les informations pour l’analyse et une utilisation ultérieure.

Qu'est-ce que le S&E participatif?

Pour comprendre ce que signifie et à quoi ressemble la participation dans le contexte du S&E, nous devons d'abord comprendre en quoi les approches participatives de la recherche en sciences sociales sont différentes des approches traditionnelles. En bref, les approches participatives remettent en question les croyances conventionnelles sur les connaissances, la capacité et le but du questionnement. Elles cherchent à perturber les relations de pouvoir traditionnelles entre les chercheur·euse·s et les sujets de recherche. Le processus de questionnement et la production de connaissances deviennent des activités de collaboration, au lieu d'être technocratiques, unilatérales et extractives.

Une approche participative de la recherche n'est pas une méthodologie spécifique ou un ensemble de méthodes particulières, mais un ensemble de principes et de pratiques pour entreprendre des recherches. Le terme peut décrire une variété de cadres et d'approches utilisés dans de nombreux domaines : par exemple, la santé, l'éducation et l'anthropologie, ainsi que l'aide humanitaire et le développement. Ces approches partagent certaines hypothèses de base :

  • Nous avons tous des préjugés, qu'ils soient conscients ou inconscients, et les chercheur·euse·s et professionnels ne font pas exception.
  • Il n'est pas nécessaire d'avoir une formation professionnelle ou académique pour participer à la recherche ou pour apporter une contribution importante aux connaissances. Le processus de questionnement est donc une occasion d'apprentissage mutuel tant pour les professionnels que pour les autres parties prenantes.
  • Les personnes les plus proches d'un problème ou d'une intervention ont tendance à être les mieux informées et à savoir comment cela les affecte. Elles peuvent donc aider à générer des informations plus pertinentes et correctes qu'un tiers ne le pourrait à lui seul.

Toutes les approches participatives engagent des parties prenantes qui ne sont généralement pas impliquées dans les processus de questionnement et de production de connaissances. Dans notre travail de spécialistes en S&E, les parties prenantes les plus exclues sont généralement les individus et les communautés qui sont les bénéficiaires prévus d'une intervention. C’est la participation de ces parties prenantes sur laquelle je me concentrerai dans cet article (en utilisant « communautés » comme raccourci).

La mesure dans laquelle les communautés participent à une approche donnée variera en fonction des objectifs ultimes de notre processus de S&E. Ces objectifs vont d’être fonctionnels à d’être transformateurs. On peut considérer les processus de S&E comme fonctionnels lorsqu'ils cherchent à produire de nouvelles connaissances dans un domaine particulier ou sur la performance d'une intervention particulière en fonction de questions et d'objectifs fixés par les professionnels. Nous pouvons les considérer comme transformateurs lorsque nous utilisons le S&E et les connaissances que nous produisons aux fins d'action ou de changement tel que définis et conduits par la communauté. En conséquence, nous pouvons considérer les niveaux de participation comme s'inscrivant dans un continuum, devenant plus ou moins efficaces et significatifs en fonction des objectifs du processus de S&E et de la répartition du pouvoir dans celui-ci.

Continuum de participation
Continuum de participation

À une extrémité de l'échelle, le professionnel informe ou consulte la communauté. Dans ce contexte, il s'agit de la participation de nom seulement. Les organisations utilisent parfois la participation pour légitimer une conclusion ou une décision particulière, même si le processus de S&E n’est pas dirigé conjointement avec les communautés. À l'autre bout de l'échelle, nous voyons une collaboration significative entre les professionnels et la communauté qui comprend la prise de décision et le leadership partagés, ou l'autonomisation des communautés pour qu'elles dirigent elles-mêmes le processus de S&E et agissent en fonction de ses résultats. Dans ce contexte, le rôle du professionnel est de faciliter plutôt que de dicter.

Des exemples d'approches et de cadres participatifs plus transformateurs, qui sont utilisés en particulier dans des contextes de développement, comprennent :

  • Recherche-action participative (RAP)
  • Recherche participative communautaire (RPC)
  • Apprentissage participatif et action (APA)
  • Évaluations rurales participatives (ERP)
  • Évaluation participative transformatrice

Quand pourrions-nous utiliser des approches participatives dans nos processus de S&E ?

Pour que la participation soit efficace et significative, elle doit être intégrée à chaque phase de notre cycle de S&E, lorsque nous :

  • Planifions et concevons le système ou l’activité de S&E
  • Collectons et analysons les données
  • Agissons en fonction des résultats du S&E
  • Réfléchissons à l'efficacité du système de S&E afin d'améliorer le prochain cycle

La communauté devrait participer à chaque phase et nous devrions agir de façon systématique pour donner suite aux résultats de la participation au cours des différentes phases du cycle. Nous devrions également encourager des relations sensibles aux différences culturelles et basées sur le respect mutuel entre les professionnels et les participants tout au long du cycle de S&E. Cela nous permet de favoriser la confiance, d’améliorer la qualité de la participation et de générer donc des résultats plus représentatifs et utiles pour un plus grand impact.

Phases du cycle de S&E
Phases du cycle de S&E

Les avantages du S&E participatif

Il existe à la fois des raisons pratiques et des considérations relatives aux droits humains pour l'utilisation du S&E participatif dans les interventions humanitaires et de développement.

La participation améliore la qualité du S&E et de nos interventions

Il y a des avantages à intégrer la participation des communautés à toutes les phases du cycle de S&E. La combinaison de l'expertise théorique et méthodologique des professionnels et les connaissances et expériences concrètes des communautés participantes peut améliorer nos processus, outils, données et résultats.

Phase Avantages Notes & exemples
Planifier - Les indicateurs et questions de suivi et d'évaluation sont plus pertinents et significatifs, car ils concernent la vie des participants
- La communauté est plus motivée à participer aux processus de S&E
- Les attentes concernant les résultats du processus de S&E et de l'intervention sont plus réalistes
- Les indicateurs pour les concepts abstraits tels que « l’amélioration du bien-être », « la diminution de la détresse » ou « la réintégration des anciens enfants soldats »
- Des attentes plus réalistes peuvent à leur tour entraîner moins de frustration et un plus grand niveau de satisfaction de la communauté
Concevoir - Les outils sont plus utiles et pertinents sur le plan culturel
- Les sujets sensibles ou tabous sont mieux gérés dans nos méthodes, processus et outils de collecte de données, car la communauté sait mieux comment aborder ces sujets d'une manière culturellement acceptable
- La capacité à générer des qualitatives et quantitatives, car les approches participatives sont compatibles avec les deux types de recherche
- Les processus de collecte et d'analyse de données sont plus inclusifs, car la communauté peut mieux identifier les obstacles à la participation
- L'utilisation de la terminologie locale nous aide à formuler de meilleures questions de sondage et d'entrevue, car elles sont mieux comprises par les personnes interviewées
- Les méthodes participatives de production de données numériques peuvent être préférables aux enquêtes conventionnelles en matière de rapport coût-efficacité et de possibilité d’attribuer des valeurs numériques à des catégories qualitatives complexes (telles que le classement du niveau de richesse ou du bien-être)
- L’heure et le lieu de la collecte de données pourraient constituer des barrières à la participation si ceux-ci ne conviennent pas aux participants. Les participants peuvent aussi se sentir inhibés dans certains contextes en raison des structures de pouvoir au niveau de la communauté
Collecter - Une plus grande confiance dans le processus de collecte de données car il est conçu et / ou dirigé par la communauté, ce qui entraîne des taux de participation plus élevés et donc des données plus représentatives
- Une capacité accrue à capturer des réponses et des informations inattendues mais significatives grâce à un processus ouvert et flexible
- Une meilleure capacité à capturer des données sur des sujets sensibles, car les participants peuvent être plus enclins à partager de points de vue et de croyances en utilisant différents modes d'expression et grâce aux activités de groupe
- Des données très précises grâce à la collecte de données en groupe
- Les différents modes d'expression comprennent les modes visuels (par exemple, la cartographie corporelle), écrits (par exemple, tenir un journal intime), oraux (par exemple, la narration) et tangibles (par exemple, compter en utilisant des petits objets)
- La collecte de données en groupe est particulièrement précise si elle implique la connaissance publique : les participants puissent corriger ou ajouter des informations avant de parvenir à un consensus (les applications de la collecte de données en groupe comprennent la cartographie communautaire et le recensement communautaire)
Analyser - Une meilleure capacité à gérer la complexité lors de l’analyse en tirant parti de la compréhension communautaire du contexte culturel, social et politique
- Une capacité accrue à recouper les données et à valider les résultats et les conclusions
- Une meilleure capacité à générer des informations qui sont pertinentes localement
- L’apprentissage et l’avantage mutuels pour les professionnels et les communautés
- Dans le contexte d'une évaluation, la causalité est plus facilement étudiée en explorant la compréhension des participants des facteurs clés qui ont contribué à un impact identifié (par exemple, en utilisant des diagrammes des flux participatifs)
- Les conclusions deviennent plus valables grâce au débat et à la discussion au sein de la communauté, ce qui permet de concilier les différences ou d’accepter d’être en désaccord
- Les communautés peuvent bénéficier de la participation en tant que processus d'autonomisation qui aide à identifier et à renforcer les capacités locales, tandis que les professionnels et les organisations peuvent bénéficier en satisfaisant des exigences plus fonctionnelles (par exemple, la présentation des rapports aux donateurs) et en apprenant au profit des interventions futures
Agir - La communication sur les résultats est plus efficace et pertinente sur le plan culturel
- Une meilleure capacité à traduire les résultats en actions significatives
- Plus de possibilités pour les communautés de réfléchir et de développer des solutions pour elles-mêmes, et pour des interventions d’intégrer les connaissances, stratégies et capacités locales
- Un impact potentiellement positif sur la cohésion sociale dans la communauté en raison de la collaboration et du changement de dynamique de pouvoir en faveur des groupes et des individus marginalisés
- Une action significative peut inclure un changement au sein du projet sur la base des données de suivi, ou l’utilisation par la communauté des résultats du S&E pour obtenir ou améliorer un service ou pour faire valoir ses droits
Réfléchir - Une meilleure compréhension de l'efficacité et de la qualité de notre système de S&E
- Un apprentissage plus approfondi et plus utile pour de futures améliorations
- Comprendre l'utilité de nos outils et méthodes de collecte de données et la qualité de nos processus de S&E (notamment en matière de participation et d'inclusion)
Adapté de “A Short Guide to Community Based Participatory Action Research: A Community Research Lab Guide” par J.C. Burns, D.Y. Cooke, et D.Y. Schweidler, C., 2011, Advancement Project-Healthy City Community Research Lab; “Participatory Approaches” par Gujit, I., 2014, Methodological Briefs: Impact Evaluation 5, UNICEF Office of Research, Florence; “Who Counts? The Quiet Revolution of Participation and Numbers” par R. Chambers, 2007, Institute of Development Studies; et “Who counts? The power of participatory statistics” par J. Holland, 2013, Practical Action Publishing.

Les avantages de la participation pour nos processus de S&E ont également des répercussions positives sur nos interventions. Ceux-ci deviennent plus réactifs aux besoins et aux priorités réels (plutôt que supposés), plus efficaces et plus aptes à atténuer les conséquences négatives potentielles. La participation conduit également à une redevabilité et une transparence accrues et peut rendre les résultats plus durables grâce à l’appropriation et l’autonomisation plus fortes de la communauté.

La participation est un droit humain

En plus d'être une bonne pratique, la participation est un droit humain. La participation dans ce sens fait référence à l'implication efficace et significative des personnes dans les processus de prise de décision qui les concernent. Plusieurs traités internationaux décrivent certains aspects de ce droit, notamment dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. D'autres conventions et déclarations internationales ont renforcé le droit de participer des groupes particuliers, notamment les femmes, les enfants, les personnes handicapées, les peuples autochtones et les personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques. La Déclaration sur le droit au développement fait également référence à « une participation active, libre et significative au développement » (art. 2) et reconnaît que la participation est « un facteur important du développement et de la pleine réalisation de tous les droits de l'homme » (art. 8.2). Elle établit que chacun a « le droit de participer, de contribuer au développement économique, social, culturel et politique… et de bénéficier de ce développement » (art. 1.1).

Les défis du S&E participatif

Bien que le S&E participatif présente de nombreux avantages, il n'est pas sans défis. Voici quelques points à garder à l'esprit si nous voulons bien le faire :

  • Être inclusif et représentatif

    Nous devons poser un regard critique sur le pouvoir tout au long du cycle de S&E, en tenant compte non seulement des relations de pouvoir entre le professionnel et la communauté, mais également de celles qui existent au sein de la communauté elle-même. Notre rôle en tant que professionnels est de travailler en faveur d’une plus grande équité dans ces relations grâce à la facilitation et d’empêcher les inégalités de se reproduire dans les processus de S&E. Nos méthodes, outils et processus doivent être choisis et conçus pour inclure les groupes marginalisés et ceux qui risquent de faire l’objet de discriminations. Sinon, ils peuvent être dominés par des voix puissantes dans la communauté. Par conséquent, nos résultats ne seront pas représentatifs et donc moins valables. Par exemple, les hommes peuvent dominer les femmes et les adultes peuvent dominer les jeunes dans les discussions de groupe. Les leaders politiques et les chefs coutumiers ou religieux peuvent dominer la prise de décision et la priorisation dans une communauté.

  • Ne pas nuire : tenir compte de l'éthique et de la sécurité

    Exercer le S&E participatif d'une manière éthique et sûre nécessite une planification et une communication minutieuses. En effet, le S&E participatif implique souvent une interaction intense et à long terme entre les professionnels et les autres participants. Nous devons réfléchir à la meilleure façon d'obtenir le consentement libre, préalable et éclairé de la communauté ; d’établir les normes et règles de base à suivre lors de toutes les interactions et de décider de la manière dont nous collectons, stockons, analysons, interprétons et diffusons les données afin qu'elles n’empiètent pas sur la vie privée des participants et ne les nuisent pas.

    Nous devons évaluer les avantages des méthodes participatives par rapport aux risques potentiels. Il est important de garder à l’esprit que ces méthodes prennent du temps et de l’énergie, peuvent créer des attentes qui pourraient devenir une source de frustration et peuvent même accroître les tensions entre les individus et les groupes. Nous devons également être vigilants lorsque nous travaillons avec des populations vulnérables, telles que les enfants. Par exemple, les animateur·rice·s devraient être soigneusement sélectionnés et formés sur les droits de l'enfant et la sauvegarde de l’enfant, des soins psychosociaux devraient être offerts aux participants et des mécanismes d'orientation devraient être en place, entre autres. Il existe des normes et des lignes directrices pour la participation auxquelles les professionnels peuvent se référer (veuillez vous référer à la liste de lecture supplémentaire ci-dessous pour quelques exemples).

  • Les considérations relatives aux ressources, à la vitesse et à la portée

    Des animateur·rice·s qualifiés sont essentiels pour garantir la fiabilité des données recueillies par des méthodes participatives. Une bonne facilitation dépend de compétences, d'attitudes et de comportements particuliers et nécessite une formation et de l'expérience. Les membres de la communauté peuvent également avoir besoin d'une formation pour apprendre à utiliser efficacement les méthodes et les outils proposés. Ces conditions nécessaires peuvent entraîner des coûts initiaux potentiellement plus élevés et une mise en œuvre plus lente, même si les résultats éventuels ont un bon rapport coût-efficacité (par rapport aux alternatives telles que les enquêtes conventionnelles à grande échelle, par exemple). L'établissement et la gestion de bonnes relations de travail et de confiance peuvent également prendre plus de temps, tout comme la discussion et la négociation nécessaires pour prendre des décisions partagées à chaque étape du processus.

    Il peut donc être plus difficile de mettre en œuvre le S&E participatif à grande échelle tout en maintenant un niveau adéquat de représentativité. Cela signifie également que toutes les approches participatives ne seront pas appropriées en toutes circonstances : par exemple, si le besoin immédiat de sauver des vies dans une crise humanitaire l'emporte sur les avantages de la participation. Cependant, même dans des circonstances difficiles comme celles-ci, il est toujours possible et souhaitable d'encourager la participation dans la mesure où cela peut être fait de manière sûre et éthique. Nous pouvons utiliser des stratégies à l'extrémité inférieure du continuum de participation (des stratégies qui informent, consultent ou impliquent) et nous assurer que tous les groupes sont au moins représentés, même s'ils ne peuvent pas participer directement.

  • Le scepticisme et la non-acceptation par les décideurs

    Le S&E participatif est flexible et divers par rapport à sa méthodologie. Les questions, méthodes et outils de recherche sont conçus en collaboration avec les communautés et adaptés au contexte. Cela est en contraste avec les approches conventionnelles de la recherche en sciences sociales, et de la recherche quantitative en particulier, qui ont des processus plus rigides d’entreprendre les recherches et qui sont souvent encore considérées comme produisant des résultats plus valables et plus fiables. Les méthodes participatives font l’objet d’un bon nombre des mêmes critiques méthodologiques et épistémologiques que les méthodes qualitatives. Leur application au S&E dans des contextes humanitaires et de développement est également encore relativement limitée par rapport à d'autres domaines. Si nous voulons utiliser le S&E participatif, cela signifie souvent que nous devons persuader les autres de son utilité et de sa légitimité. Il est particulièrement important d'obtenir l'adhésion et le soutien en faveur de la participation des décideurs qui ont le pouvoir sur le projet et le pouvoir pour faire changer les choses (tels que les donateurs). Nous ne pouvons pas demander aux communautés de consacrer leur temps et leur énergie au S&E si nous ne croyons pas que les décideurs prendront nos conclusions au sérieux.

La participation, le pouvoir et l’action : quelques réflexions finales

Les approches participatives à l’aide humanitaire et au développement ne sont pas nouvelles. Cependant, la participation aux processus de S&E n'est pas aussi courante que la participation à la planification ou à la mise en œuvre de projets. Cela peut être dû au fait que les croyances conventionnelles au sujet de la recherche et la production de connaissances sont encore plus courantes et qu'une vision fonctionnelle des objectifs du S&E prédomine. C'est peut-être aussi parce que les approches participatives nous obligent à porter un regard critique sur le pouvoir et finalement à le redistribuer. Le S&E participatif ne concerne donc pas seulement « eux », mais aussi « nous ». Il valorise les connaissances, les perspectives et les capacités locales et cherche à autonomiser les communautés grâce au S&E. Il nous oblige également à être plus ouverts à apprendre des autres et à réfléchir à notre propre rôle dans la dynamique du pouvoir, à la fois en tant que spécialistes du S&E et en tant que professionnels de l'humanitaire et du développement en général.

Ce type d’introspection peut être inconfortable et provocateur. La question du sexisme systémique, du racisme et du capacitisme dans les secteurs de l'aide humanitaire et du développement mérite plus de mots et une attention particulière que je ne peux y consacrer dans le présent article. Les relations de pouvoir entre les professionnels et les communautés touchées sont complexes et ancrées dans l'histoire de ces domaines, qui a évolué au sein de structures et de discours coloniaux et patriarcaux de longue date. Bien que ces problèmes aient récemment été abordés plus ouvertement dans le contexte de #MeToo, #AidToo et du mouvement Black Lives Matter, la nécessité de réflexion et de conversation est loin d'être terminée.

Les approches participatives du S&E nous invitent à réfléchir à quels systèmes de croyances sont privilégiés dans notre travail, quelles connaissances et priorités comptent le plus, et pourquoi nous faisons le travail que nous faisons en premier lieu. Si notre objectif ultime est de soutenir un impact dans le monde réel et un changement profond grâce au S&E, la participation des communautés touchées est une condition préalable. L’autonomisation n’existe pas sans la participation. Elle n’est pas quelque chose que nous « faisons » aux autres : l’autonomisation est elle-même un processus participatif qui engage les gens dans la réflexion et le questionnement pour comprendre le pouvoir qu’ils ont et pour agir en faveur du changement tel qu’ils le définissent. En tant qu'experts techniques et gardiens des données, des preuves et des connaissances, les spécialistes du S&E ont le pouvoir d'influencer la manière dont le S&E est effectué et quelle voix est prise en compte. Nous avons le pouvoir de plaider avec autorité en faveur de la participation au suivi-évaluation, à la fois comme un moyen d’arriver à une fin et comme une fin en soi.

L'équipe d’ActivityInfo tient à remercier Mme Naomi Falkenburg pour cet article perspicace et détaillé sur le suivi et l’évaluation inclusif. Mme Falkenburg est une partenaire agréée d’ActivityInfo depuis juillet 2020.

Naomi Falkenburg est une consultante indépendante qui travaille avec des acteurs humanitaires et du développement pour concevoir, gérer et apprendre de leurs interventions et pour mener des recherches et des analyses perspicaces. Naomi pense que les interventions les plus efficaces sont inclusives et fondées sur des preuves, et elle aime donner aux autres les moyens d'utiliser le S&E à cette fin. Avant de devenir consultante, Naomi a travaillé au sein de plusieurs agences des Nations Unies et ONG internationales en Afrique de l'Ouest, en Europe et en Asie de l'Est, sur des thèmes tels que l'égalité des sexes, l'inclusion des personnes ayant un handicap, la migration et les déplacements forcés, le travail décent et le développement des compétences pour les jeunes, et l’inclusion numérique. Elle est certifiée en gestion de projet pour le développement (Project DPro) et membre de l'Association internationale des professionnels de l'assistance humanitaire et de la protection (PHAP). Naomi est titulaire d’un master (MSc) du Département de développement international de l’Université d’Oxford et d’un baccalauréat en politique et en études internationales de l’Université de Warwick.

Sources et lectures supplémentaires

Exemples de lignes directrices pour la recherche et le S&E participatifs